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10 avril 2026·2 min de lecture·Patrick

Écrire un outil pour dix ans.

Pas de VC, pas de hypergrowth, pas de pivot tous les six mois. La mathématique de 500 utilisateurs heureux vs 50 000 frustrés.

On nous demande souvent : « Vous levez du capital? » Non. Pas prévu.

Cette décision est plus importante que tout ce qu'on a mis dans le produit. Voici pourquoi.

La promesse qu'on a faite

Sablio est un outil de suivi de temps local-first, avec rétention courte, qui promet de ne pas surveiller l'utilisateur. Cette promesse implique :

  • Qu'on ne vendra pas les données (il n'y en a presque pas, et elles sont chiffrées localement).
  • Qu'on n'ajoutera pas de tableau de surveillance pour satisfaire un acheteur entreprise.
  • Qu'on ne pivotera pas vers un modèle publicitaire si la croissance déçoit.

Ces trois engagements sont incompatibles avec le capital-risque. Pas compliqués, pas subtils : incompatibles.

Ce que le capital-risque demande

Un fonds VC investit 2 M$ aujourd'hui avec l'espoir d'en retirer 40 M$ dans 7 ans. Pour y arriver, il lui faut un produit qui passe de 100 utilisateurs à 100 000, ou qui augmente son tarif par 10, ou qui se vend.

Les trois chemins conduisent quelque part. Le chemin 100 000 utilisateurs mène à un produit plus générique, qui abandonne les choix de niche (comme le local-first, le Québec par défaut, la rétention 14 jours). Le chemin tarif × 10 mène à l'entreprise et à ses demandes (surveillance, SSO, audit trail exhaustif). Le chemin se vendre mène à un acheteur qui va décider de l'avenir du produit à ta place.

Aucun des trois ne fait de l'outil qu'on veut écrire.

La mathématique alternative

On a fait un chiffrier. Avec 500 utilisateurs payants à 15 $/mois, on génère 90 000 $/an. Deux personnes peuvent vivre modestement là-dessus au Québec, avec un mode de vie pas luxueux mais digne.

Avec 2 000 utilisateurs, 360 000 $/an. Trois personnes vivent bien. On peut embaucher un designer à temps partiel.

Avec 5 000 utilisateurs, 900 000 $/an. Équipe stable de cinq personnes, temps plein, retraites, assurances. C'est notre plafond rêvé.

Cinq mille utilisateurs pour toujours, c'est moins ambitieux que 50 000 utilisateurs dans trois ans, mais c'est atteignable sans tordre le produit.

Le rythme

On publie lentement. Une version majeure par semestre. On écrit du code qu'on veut relire dans trois ans. On répond aux utilisateurs par courriel, individuellement, signé.

C'est démodé. C'est aussi, à bien y penser, comment fonctionnent les entreprises qu'on aime — les fabricants de stylos bien faits, les cordonniers qui durent, les éditeurs de livres.

Ce qu'on te promet

Sablio sera là dans 10 ans. Pas parce qu'on a un plan à 10 ans, mais parce qu'on a un modèle économique qui ne nous force pas à disparaître.

Si on se trompe, on t'écrira un courriel avant d'éteindre les serveurs. Tu auras un export CSV propre et 90 jours pour partir. Pas de surprise.

C'est la modestie du plan qui fait la solidité de la promesse.

— Patrick