Mon grand-père était menuisier. Il avait un calepin dans la poche avant de sa salopette, trois crayons mal taillés, et une méthode qui tenait en une ligne par chantier : Bernier — galerie — 2 j ½.
Pas d'heures de début. Pas d'heures de fin. Deux jours et demi. Son calepin pesait 40 grammes.
L'erreur des logiciels
La plupart des outils de suivi de temps que j'ai installés partaient d'une idée : on peut capturer chaque seconde si on met assez de champs. Projet, tâche, sous-tâche, étiquette, contexte, description. Plus il y a de champs, plus c'est précis, plus c'est utile.
Sauf que non. Plus il y a de champs, plus je remplis n'importe quoi à la fin de la journée pour que ça passe.
Trois métiers, trois rythmes
La menuiserie se note en demi-journées. Un gars à l'atelier sait s'il a passé la matinée à chantourner ou l'après-midi à poncer. Il n'a pas besoin de 14 h 03.
Le développement se note en sessions. Deux heures sur un bug, interrompues par un appel, reprises le lendemain. Le bloc compte plus que la minute exacte.
L'écriture se note en journées. Une rédactrice que je connais, Marie-Hélène, facture demi-journée d'écriture parce que quand ça marche, ça marche sur trois heures ; quand ça bloque, ça bloque sur six.
Ce qu'on a essayé
Dans Sablio, on n'a pas une solution magique pour réconcilier les trois. On a juste essayé d'arrêter d'imposer un seul rythme. Tu peux démarrer un minuteur. Tu peux entrer un bloc après coup, à la demi-heure près. Tu peux facturer un grain de 5 minutes ou une journée entière.
L'outil se tait et laisse le métier parler.
Ce que mon grand-père m'a appris
Quand il présentait sa facture, il la posait sur la table, il disait le montant, et il attendait. Pas de justification, pas d'annexes, pas de graphique. Son client avait vu le travail. Le temps servait à fixer un prix, pas à prouver qu'il avait travaillé.
C'est à peu près la position de Sablio. Le temps est un outil d'artisan : utile, discret, usé par l'usage. Pas un tableau de bord.
— Patrick